Exposé introductif à la journée de réflexion sur le développement du Namentenga, Boulsa le 1er juin 2019

Par Nazi Kaboré (formateur et auteur en gouvernance personnelle et organisationnelle, Les Écoles de la vie (Ecovie, www.ecoviebf.org)

Mesdames, Messieurs, jeunes du Namentenga,

Les organisateurs de la présente journée de réflexion m’ont demandé d’échanger avec vous sur le thème « Quelles perspectives pour la jeunesse du Namentenga en tant qu’actrice de développement ? »

Je me propose de vous livrer un exposé introductif en vue de susciter des débats nourris devant vous permettre de dégager vos résolutions et des recommandations au gouvernement, au monde des affaires et à la société civile.

D’abord, afin de nous entendre sur certains concepts, rappelons qu’il est dit qu’on est jeune de 0 à 35 ans. Mais j’adhère au concept qui situe la jeunesse à la période d’âge entre l’enfance et la maturité, au passage de l’enfance à l’âge adulte ; cette période transitoire au cours de laquelle l’individu se construit, apprend à voler de ses propres ailes, bref, acquiert une autonomie ; et qu’on peut estimer de 14 à 35 ans,

Quant au développement, je l’envisage comme l’amélioration des conditions et de la qualité de vie d’une population, donc l’organisation sociale servant de cadre à la production du bien-être. Ce qui le distingue de la croissance qui elle, mesure la richesse produite sur un territoire en une année et son évolution d’une année à l’autre. Partant, « le développement local n’est pas la croissance, c’est un mouvement culturel, économique, social qui tend à augmenter le bien-être d’une société. Il doit commencer au niveau local et se propager au niveau supérieur. Il doit valoriser les ressources d’un territoire par et pour les groupes qui occupent ceterritoire. Il doit être global et multidimensionnel, recomposant ainsi les logiques sectorielles [1]»

Les experts trouveront peut-être mes propos un peu sommaires. Mais l’objectif est ici de s’exprimer de manière aussi simple que possible afin d’être compris par le groupe cible, les jeunes dont la plupart n’a pas de niveau universitaire.

État des lieux de la jeunesse du Namentenga

La démarche qui se veut prospective, commande qu’avant de dégager une perspective, que l’on fasse l’état des lieux. Alors, quelle est la situation de la jeunesse du Namentenga.

Elle n’est pas différente de celle au niveau national dépeinte par les États Généraux de la Jeunesse et ni de celle de la Région du Centre Nord décrite dans la monographie de la région. On retiendra qu’au Centre Nord, « plus de la moitié  (57,5 %) de la population à moins de 20 ans[2] »,

On distinguera une jeunesse scolaire et universitaire, une jeunesse diplômée et employée, une jeunesse diplômée en chômage, une jeunesse non diplômée (au sein de laquelle des analphabètes) engagée principalement dans l’économie informelle, urbaine et rurale et de plus en plus dans l’orpaillage. Une partie étant tentée par l’exode rural si non par l’aventure en Côte d’Ivoire et au-delà de l’océan.

Bien de spécialistes s’accordent que les jeunes, du fait de leur vigueur physique et intellectuelle de leur dynamisme, de leur esprit d’innovation (maîtrise de la technologie et de TIC), mais aussi de leur mobilité, doivent constituer le fer de lance, le moteur du développement d’une région, d’un pays, du monde. Ils doivent être les premiers acteurs du développement parce qu’ils en sont aussi les premiers bénéficiaires. Si bien que certains n’hésitent pas à dire qu’un peuple qui a mal à sa jeunesse a mal à son avenir

Mais on constate que les jeunes du Namentanga, comme bien d’autres au Burkina, font face à des défis qui annihilent leur participation au développement de leurs communes, de leur province.

« Bien souvent, les jeunes ont de faibles salaires, travaillent à temps partiel et ce, lorsqu’ils réussissent à obtenir un emploi ». Pourtant, beaucoup de jeunes ont des qualifications supérieures à l’emploi effectué. La plupart des intérimaires, autonomes, informels ne bénéficient pas de protection sociale.

Mais au Namentenga, ceux qui ont un emploi salarié sont des privilégiés. De nombreux jeunes sont sans perspectives professionnelles, Ils sont confrontés à la pauvreté, au chômage, au sous-emploi, à la précarité économique et sociale.

Toute situation qui les plonge dans l’oisiveté devant la télévision ou dans le défoulement à travers les réseaux sociaux, les grands débats sur des théories fumeuses, des faits divers somme toute futiles. Certains vont même jusqu’à s’adonner à l’alcoolisme et à l’incivisme.

Alors qu’ils attendent beaucoup de l’appui familial ou de celui d’ONG pour leurs dépenses quotidiennes, nombre d’entre eux aspirent à fonder une famille, à se garantir les 4 pierres angulaires de la dignité humaine (éducation, santé, nourriture, logement) et à s’acquérir un moyen de déplacement.

Côté genre, les jeunes filles sont victimes de grossesses non désirées en milieu scolaire et de mariages précoces.

Une jeunesse visionnaire

Pour pouvoir jouer leur rôle de moteur du développement, les jeunes doivent surmonter ces défis, se développer avant de développer autour d’eux, avant de prendre le leadership sur des problématiques locales, dans différents domaines de la vie (politique, économique, associatif…). Car dit-on « le coton égrainé ne peut pas sauver d’autres cotons du feu ! »

Responsabilisation

Tout d’abord, chaque jeune, quelles que soient ses capacités actuelles, doit prendre conscience qu’il est, lui-même, le premier responsable et acteur de son plein épanouissement, de son plein développement (et non l’État, ses PTF, les ONG, les parents, les autres).

« Ma volonté façonnera mon futur. Que je rate ou que je réussisse, je ne le devrai à personne d’autre qu’à moi-même. Je suis forte ; je peux surmonter tous les obstacles sur ma route ou me perdre comme dans un labyrinthe. C’est mon choix, ma responsabilité, gagner ou perdre, je suis la seule à détenir la clé de ma destinée ».

« L’homme doit cesser d’attribuer ses problèmes à son environnement et apprendre à exercer à nouveau sa volonté, sa responsabilité personnelle. Le point de départ de toute grande réalisation, de toute réussite personnelle, c’est d’assumer à 100% la responsabilité de votre vie », Albert Schweitzer

Vision

Il doit élaborer, à partir des préoccupations du moment, de ses aspirations, de ses rêves, une vision, décider exactement de ce qu’il veut devenir, ce qu’il veut réaliser, ce qu’il veut acquérir dans sa vie. La vision étant l’image (clairement perceptible par tout un chacun), de la situation rêvée, du monde meilleur, de l’idéal que vous souhaitez créer ; le rêve, la projection dans le futur de ce qu’on souhaite voir, vivre ou atteindre dans 10, 30, 50 ans ou dans votre vie (la finalité de vos actions).

Et dans sa vision, le jeune doit voir grand et viser haut :

  • Chef d’entreprise en petit déjeuner d’affaires dans un hôtel 5 étoiles à Dubaï
  • Haut fonctionnaire dans l’administration publique, docteur, ministre ;
  • Grand sportif ou grand artiste de renommée internationale,
  • Inventeur, etc.

La vision est ensuite déclinée en mission, projets, buts, objectifs et sous-objectifs facilement réalisables.  Le tout décrit dans un document qu’on appelle le projet de vie.

Motivation

Qu’est-ce qui pousse les gens à se mettre chaque jour au travail et à donner le meilleur d’eux-mêmes ? L’argent, les honneurs, le pouvoir ?

L’homme le plus riche du monde40, Bill Gates, n’était pas motivé par l’argent. Sa « motivation repose sur l’envie de permettre à tous et partout d’avoir accès à des ordinateurs ayant une connexion internet mais aussi de les former ».

Rappelez-vous aussi la célèbre phrase de Nixon : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

Juste pour attirer l’attention des jeunes que ceux qui réussissent vont au-delà de la recherche de l’argent, des honneurs, de leurs intérêts personnels, pour servir les autres, leurs clients, leurs prochains, leur communes, leurs pays. Ils doivent être motivés par le service. L’amour étant la mère de toutes les motivations.

Potentiel

« Si vous n’avez pas confiance en vous, votre défaite est doublement assurée dans la course de la vie. Avec la confiance en vous, vous avez gagné, avant même d’avoir commencé » Cicéron.

Les jeunes doivent prendre conscience de leur potentiel quasi illimité de réussite. Ils doivent pouvoir dire ‘Yès, I can »:

  • en découvrant, en développant et en exploitant leurs talents et dons naturels, ‘la machine universelle’
  • en prenant l’habitude d’exploiter leur pouvoir de création, en étant plus créatif ;
  • en adoptant des pensées et une attitude mentale positives en toutes circonstances ;
  • en développant leur potentiel collectif, leurs capacités de leader, leurs capacités à coopérer avec d’autres et à saisir les opportunités environnementales, économiques, sociales, technologiques.

Car, la notion de potentiel « recouvre tout l’échantillon des possibles contenus dans une situation donnée du fait même de sa dynamique propre et des ressources qu’elle recèle ». Par exemple, y at-il des opportunités dans la réputation de région du wak ou de l’enclavement de la province ? Presque tous les milliardaires burkinabés ont au moins un pied dans le transport routier international.

Une jeunesse entreprenante

Le programme éducatif actuel du Burkina tire son origine de la colonisation qui formait surtout des commis et des auxiliaires de son administration. Malgré les réformes introduites depuis l’indépendance, l’école burkinabé continue de produire des diplômés (et non diplômés) chercheurs d’emplois. Chaque année, plus d’un million de candidats se disputent la dizaine de milliers de postes qu’offre la Fonction publique[3].

Les entreprises privées recrutant moins que l’État, la plupart des jeunes déscolarisés (diplômés ou non) doivent se débrouiller dans l’économie informelle rurale et de plus en plus urbaine. En clair, ils doivent créer des (micros)entreprises pour s’auto employer et donner du travail à d’autres.

Une entreprise est une structure économique et sociale qui regroupe des moyens humains, matériels, immatériels (service) et financiers, qui sont combinés de manière organisée pour fournir des biens ou des services à des clients dans un environnement concurrentiel (le marché) ou non concurrentiel (le monopole) avec un objectif de rentabilité.

Les biens et services sont destinés au grand public (consommation) ou aux autres entreprises (production). Une entreprise est généralement une structure légale : une société-anonyme, par actions, à responsabilité limitée, coopérative, etc. (informel).

Créer une entreprise ; n’est-ce pas ce qu’ont fait les Européens pour développer leur continent ? N’est-ce pas ce qu’ont fait leurs immigrés (parfois exclus, pauvres, aventuriers) en Amérique, en Australie et en NouvelleZélande (entre les 17e et 19e siècles) pour développer ces lointaines contrées ?

Créer des entreprises : N’est-ce pas ce qu’ont fait, à la suite du Nigérian Aliko Dangote, des Camerounais Baba Danpullo et Kate Fotso, des Ivoiriens Billon et Jean Kacou Diagou, les Idrissa Nassa (Coris Bank International), les Apollinaire Compaoré (Telecel, WBI) et les Mahamadi Sawadogo, dit « Kadhafi », les Mamounata Vinnegda, les Taondyandé, les Kormodo, les Tasséré,etc.

N’est-ce pas ce que font aujourd’hui les Chinois, après le maoïsme et la révolution culturelle, pour inonder nos marchés de tous les produits imaginables et même inimaginables ?

Dans quel domaine vas-tu entreprendre ? Quels biens et services qui comblent des besoins humains vas-tu produire ?

Les jeunes du Namentenga doivent créer des entreprises mais surtout booster leur productivité dans la province.

Une jeunesse efficace

« Hier j’étais au champ

Quand je le vis passer ?

  • Pourquoi migres-tu, lui demandai-je ?
  • Je pars parce que je manque de tout à la maison, me répondit-il ?
  • Dieu de Dieu ! Tu veux ternir mon image.

Reste, nous allons assécher des bassins et récolter des gazelles

Nous allons débroussailler et ramasser des carpes…

J’ai vu une couleuvre manier une navette et des pédales… »

Selon donc la cantatrice Alizeta Damiba de Dargo, le miracle est possible.

Mais pour réaliser sa visions, pour réussir sa carrière, pour entreprendre avec succès, chaque jeune doit renforcer ses compétences humaines:

  • son efficacité personnelle et relationnelle (sa personnalité : pouvoir, sécurité interne, direction, sagesse), de manière à réussir tout ce qu’il entreprendra et à nouer et entretenir des relations épanouissantes ;
  • son efficacité managériale et organisationnelle afin d’être à même de créer et gérer des organisations performantes, de mobiliser à sa cause, organiser et motiver des collaborateurs/coéquipiers/suiveurs/compagnons

La formation complète en leadership améliorera la bonne gouvernance au sein de nombreuses structures associatives de jeunes, l’indépendance et la résilience face aux divisions.

Ils doivent se former et aussi se perfectionner en permanence, car « Nous sommes passés de l’ère industrielle à l’ère de l’information. « Au cours de l’ère industrielle, la théorie déterminante était celle d’Albert Einstein : E= mc2… La théorie de notre ère est la loi de Moore… selon laquelle la somme des informations double à chaque 18 mois. En d’autres mots, pour aller à la même allure, vous devez pratiquement tout réapprendre à chaque 18 mois… Ce que vous avez appris est important mais pas aussi essentielle que votre capacité d’apprendre rapidement, de changer, de vous adapter à de nouvelles informations ».

Chaque jeune aussi gagnera à choisir parmi les aînés, qui ont réussi, un ou plusieurs mentors.

Selon Wikipédia, « le mentorat, aussi appelé mentoring, désigne une relation interpersonnelle de soutien, une relation d’aide, d’échanges et d’apprentissage, dans laquelle une personne d’expérience, le mentor, offre sa sagesse acquise et son expertise dans le but de favoriser le développement d’une autre personne, le mentoré, qui a des compétences ou des connaissances à acquérir et des objectifs professionnels à atteindre ».

Le mentor aussi est un modèle de réussite, un conseiller sage, un guide du mentoré. Celui-ci peut le suivre de loin d’abord, à travers les médias par exemple. Mais il doit s’arranger pour entrer en contact avec son mentor, qui, à la longue devient un coach pour lui. « L’aide fournie par le mentor est généralement bénévole et apportée dans le cadre d’une relation professionnelle, en dehors de la ligne hiérarchique, répondant aux besoins particuliers du mentoré en fonction d’objectifs liés à son développement personnel ou professionnel ».

Le mentor peut aussi lui ouvrir des portes et son carnet d’adresses.

Coaches et mentors peuvent donner du poisson, mais leur rôle est surtout de vous apprendre à pêcher.

Conclusion

« Le jeune africain doit être conscient de son potentiel et être entreprenant afin de sortir de la précarité, et de résoudre le problème de l’emploi des jeunes qui demeure un défi dans nos pays. Nous devons nous libérer de ces idées, selon lesquelles, diplôme en main, il nous faut à tout prix travailler dans la fonction publique. Ou encore que pour entreprendre il faut avoir des diplômes. Ce ne sont que des idées fausses qui empêchent de nous prendre en charge »,

La jeunesse du Namentenga doit se visualiser dans la position d’une chenille, rampante, se nourrissant de feuilles… amères de caïlcédrat, mais avec la perspective qu’elle peut évoluer, contribuer et s’épanouir ; se métamorphoser pour devenir un beau papillon, voletant de fleurs en fleurs, participant à la pollinisation et savourant du nectar, le nectar que les anciens Égyptiens appelaient la ‘boisson des dieux’.

Car « qui part dans la vie avec l’idée “j’arriverai” arrive sûrement. Parce qu’il fait ce qu’il faut pour arriver ». Émile Coué


[1] États généraux des Pays, Mâcon, juin 1982

[2] Monographie de la Région du Centre Nord

[3] 1 300 000 candidatures pour moins de 7 000 postes à pouvoir en 2018

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